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Le complément des Carnets de Campagne diffusés sur France Inter sans impératif de temps ni d'espace et ouvert aux commentaires et contributions extérieures

16 Oct

Culture, quand tu nous tiens

Publié par philippe bertrand  - Catégories :  #préambules

Vous vous retrouvez dans un blog estampillé blog culturel. Dans son sens générique la culture va au-delà des principes d'expressions artistiques pour englober des savoir-faire, des comportements, des rites et des modes de participation à la communauté. Il est navrant de constater que ces principes ont perdu de leur vertu initiale pour se fondre en un sens uniformisé. La ruralité ne vit plus à son rythme et avec ses réseaux de relations traditionnels. Vous me direz que la modernité exige cette fusion et la disparition des vétustés du paysage rural. Force est de constater que cette tradition et l'exigence de la modernité n'ont rien de contradictoire. Seulement les usages actuels ont éloigné les populations locales de ces considérations. Chacun s'est réfugié dans les acquis d'un confort standard plus ou moins acceptable. les catalogues d'aménagement intérieur ont décidé de la couleur de l'environnement social. Un écran plat sinon rien. La voiture tout-terrain libère des contraintes matérielles et les achats domestiques se réalisent dans les hypermarchés. Au retour de la grand messe du consommable, le portail en pvc se referme électroniquement sur le prédateur d'un Auchan ou autre Carrefour. La bataille pour la paix de l'ancien laboureur reconverti au bien-être de papier glacé est menée sans état d'âme. Le tissu associatif bat de l'aile. L'entraide, le temps de parole, le verre sur le coin d'un comptoir qu'on s'arrache dans les brocantes ne sont plus de mise.

D'une culture à l'autre,  il y a celle de l'artisanat et des arts. L'artisanat revient en force précisément en réaction au prêt à penser et à vivre qui a envahi tous nos espaces. L'art parce qu'il est une condition d'éveil et de réveil indispensable pour ne pas sombrer dans une indifférence  au monde fatale. Mieux de plus en plus de décideurs, d'élus des collectivités comprennent que cette culture peut être un facteur de développement économique et social incontournable.

Les rendez-vous festifs que j'ai connus dans mon village étaient pour ainsi dire autant cultuels que culturels. Fêtes du saint patron, petites kermesses entre amis et concours de quilles. Toutefois Aignay-Le-Duc avait hérité des vieux appareils de projection d'un Gaumont dijonnais en totale reprise. C'était du lourd. Monstres de tôle noire dans lesquels le film suivait un chemin de route sinueux avant de voir son image projetée sur l'écran panoramique de la salle des fêtes, soit 25 mètres plus loin. Ils fonctionnaient au charbon, ces braves engins, sauf que leurs moteurs hors d'usage nécessitaient une surveillance permanente de la combustion par les opérateurs. Un cinéma paradisio par excellence. J'ai fait partie de la dernière génération de ces manipulateurs de l'impossible. Mon frère avait anticipé de quelques années avant de se retrouver par un pur hasard projectionniste à Paris, au club 13 de Claude Lelouch. Pendant ce temps j'orchestrais maladroitement la projection d'un Rabbi Jacob qui faisait hurler de rire une salle comble. Séance le samedi soir. Pas une place de libre. Jean Nohain ne nous arrivait pas à la taille. Le dimanche en après-midi et en soirée. même succès. En fait je triche car à la fin j'avais un grand concurrent: Michel Drucker. J'ai  bien sûr perdu la partie. Les charbons aussi, eux qui s'éloignaient au point de laisser l'écran totalement noir ou ils s'enflammaient en faisant un sort au film qui flambait instantanément. A dix-huit ans, j'ai organisé mon premier mini-festival de cinéma. Trois films dans le week-end pour une promotion d'entrée qui devait avoisiner les dix francs. J'ai fait un bide. Têtu comme une mule, j'ai remis les couverts avec un concert électro-pink-floydien. je me souviens avoir compté et recompté les entrées pour m'assurer de l'erreur. 35 dont mes parents venus par affection désarmante pour leur fils.

Dijon, la capitale n'était pas en reste avec ses uniques rendez-vous culturels dans un sens plus que large. En septembre, la ville de la moutarde organisait les fêtes de la vigne ( oui, sans le vin la culture est inexploitable). Une quarantaine de groupes folkloriques du monde entier traversaient les grandes artères de la capitale des ducs avant de se produire dans un improbable palais des congrès qui ressemblait plus à un aérogare de la seconde guerre mondiale. Chaque année une des formations venait se produire dans mon village. C'est ainsi qu'Aignay s'est frotté à un autre horizon que le sien propre. Le second événement dijonnais, peu de temps après, était la foire gastronomique internationale inaugurée par un indémontable maire issu de l'inaltérable mouvance RPR. Il s'appelait Robert Poujade. Rien à voir avec Pierre, celui du poujadisme. Pourtant, question politique ampoulée et poussiéreuse, nous étions servis. Depuis le rideau est tombé et la ville de François Rebsamen est méconnaissable et surtout culturellement bien plus prometteuse
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