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Le complément des Carnets de Campagne diffusés sur France Inter sans impératif de temps ni d'espace et ouvert aux commentaires et contributions extérieures

29 Oct

Une autre agriculture

 - Catégories :  #Ceux qui font bouger la France

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Etienne Gautreau  est agriculteur à Saint-Vincent La Chatre, en pays Mellois, dans le sud des Deux Sèvres. Notre sujet d’intérêt s’appelle ici le chanvre dont la culture se développe peu à peu en France avec plus de 10 000 hectares cultivés. Etienne pressent la valeur de cette plante qui présente l’avantage d’être cultivée sans pesticide et sans engrais chimique et il imagine une  production destinée à l’habitat dans un cycle commercial court. C’est ainsi qu’au début de l’année 2005 il décide avec cinq autres exploitants agricoles de suivre une formation sur la culture, la transformation et l’emploi du chanvre organisée par l’Afipar. (L’Afipar désigne l’association de formation et d’information des paysans et ruraux. Voir AFIP). Convaincus de l’intérêt à tenter une première culture de chanvre, les six paysans créent l’association « Chanvre Mellois » dès avril 2005. Un  des avantages du produit est d’être particulièrement simple à cultiver puisque la plante ne nécessite aucun intrant ou pesticide pour se développer. « En revanche la récolte est plus compliquée, puisqu ‘elle exige un fauchage puis un séchage aux champs avant la phase de broyage avec une ensileuse. L’étape qui nécessite une technique particulière est celle qui consiste à séparer la fibre du chènevis et pour réussir l’opération nous avons du réaliser des modifications de notre matériel. Ce fut une véritable épopée que de monter trois de nos moissonneuses en série afin de parfaire la séparation des fibres et du chènevotte ». La première parcelle semée se résume à 4 hectares. Dans la foulée de ce premier semis, nos paysans s’initient grâce à une autre association chargée de la valorisation de cette culture, Provaleic, à l’utilisation des fibres de chanvre en remplacement de la fibre de verre appliquées à l’industrie. Au lendemain de la première récolte, ils présentent leur démarche et leurs produits aux artisans et élus locaux. Un mois plus tard la première commercialisation du chanvre est lancée, un site Internet est créé ainsi que des stages de formation des artisans et des particuliers intéressés. Un an après cette première récolte concluante, un semis de 30 hectares est réalisé. Les producteurs interviennent à la chambre des métiers de Parthenay dans le cadre de l’assemblée générale des artisans maçons. Depuis, la création a engendré une dynamique autour d’une production porteuse d’avenir en terme d’écologie (habitat, agronomie, énergie). Les stages de pratiques se multiplient et les participants viennent non seulement de la région Poitou Charentes mais aussi de Belgique. Les 90 tonnes de chanvre récoltées au cours de cette seconde saison ne permettent pas de répondre aux demandes incessantes, c’est pourquoi la récolte 2007 est portée à 500 tonnes de chanvre brut sur 60 hectares. L’objectif final était  de construire une filière locale autour de la production, la transformation, la commercialisation et l’utilisation du chanvre textile dans l’isolation de l’éco-habitat. C’est en décembre 2007 que celle-ci se constitue à partir de 60 producteurs du grand ouest de la France réunis à Melle. L’avantage du système installé en pays Mellois est de créer un marché local où acheteurs et producteurs sont en lien direct ce qui réduit le prix du produit. La formation des artisans du bâtiment à la construction et la réhabilitation à base de chanvre et de chaux  participe au dispositif. Le chanvre est d’autant plus porteur que c’est un  très bon isolant thermique, phonique et un parfait régulateur hygrométrique. «  Le chanvre a mille vertus et c’est un matériau qui isole les maisons du sol au plafond. D’autre part il demande très peu d’énergie tant pour le cultiver que pour le transformer. Dans l’organisation du marché, comme nous avions décidé de travailler sur un circuit commercial court, nous vendons 80 % de notre production sur un rayon de 100 kilomètres. Malgré le développement de notre activité par Internet, nous privilégions la vente aux clients de la proche région avant les autres. Il y a donc peu de transport et nous faisons de l’emballage recyclé. Si on ajoute l’économie  d’énergie réalisée sur l’habitat, on peut dire que nous sommes à la pointe du respect des normes environnementales. Enfin nous parvenons à faire une sorte de commerce équitable, c’est-à-dire nous ne cherchons que la rémunération stricte de notre travail en rendant le produit le plus abordable possible, ce qui le place à un coût inférieur à celui qui est produit de façon industrielle ».  Nos paysans, qui ont tout compris des vertus du produit, le transforment directement en différentes versions utilisées dans l’isolation de l’habitat : en laine pour isoler les combles, en isolant mural ou en isolation de finition pour chapes ou colombages. La cerise sur le gâteau vient du recyclage des poussières de chanvre qu’ils transforment depuis 2008 en combustible de chaudières.

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