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Le complément des Carnets de Campagne diffusés sur France Inter sans impératif de temps ni d'espace et ouvert aux commentaires et contributions extérieures

15 Sep

Pierre Rabhi, la bergère et ses mérinos

Publié par Philippe BERTRAND  - Catégories :  #agriculture

 

 

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Même par temps de pluie, prochainement la bergère n'aura plus de moutons à reconduire à l'abri. Pardon pour la métaphore (c'est ludique, mais on perd du temps et le temps, c'est de......), disons que la Bergerie Nationale  de Rambouillet est menacée de fermeture. A part les franciliens, l'établissement est trop mal connu du grand public et pourtant le site à 50 kilomètres de Paris est un petit paradis de nature et de pratiques agricoles respectueuses. Cet établissement public, qui emploie 140 personnes réparties entre l'élevage des célèbres mérinos qui ont enfanté depuis 3 siècles des troupeaux de laine à travers le monde, le maraîchage dont les produits sont vendus en circuits courts, la formation (près de 300 apprentis et 70 stagiaires) et l'enseignement  des nouvelles techniques agricoles durables, est menacé de démantèlement. Un berger n'étant pas un mouton, il est en droit de donner de la voix pour faire entendre son désaccord à plus forte raison lorsqu'il n'est pas admis à la table des concertations. Un comité de soutien est né. C'est par soutien justement que je me suis rendu à la BN pour débattre avec Pierre Rabhi. Le petit homme sage invité de la maison de Rambouillet revenait à sa propre histoire. Le jeune algérien élevé à la française par sa famille d'adoption, OS perdu dans la ville lumière, ne rêvait que d'une chose: élever des animaux de ferme et sortir de la spirale du productivisme glorieux. Faute d'argent, le projet de formation à Rambouillet fut abandonné.  Une rencontre scella le sort du petit Pierre. L'Ardèche possèdait quelques coins reculés avec fermettes cherchant acquéreurs et plus si affinités.Après une formation aux méthodes de l'agriculture conventionnelle, Pierre Rabhi fit l'acquisition d'une ferme de la Cévenne ardéchoise. "Le paysage était magnifique, mais il n'y avait ni électricité, ni eau et aucun chemin carrossable pour accéder au lieu". Un premier élevage de chèvres et quelques produits de la terre propulsèrent Pierre Rabhi vers l'accomplissement du rêve. Se nourrir et nourrir les proches en limitant l''impact sur la nature et les sols. Le jeune paysan lit beaucoup aussi, ouvrages techniques comme essais philosophiques. C'est dans ces lectures qu'il découvre la biodynamie et c'est par elle qu'il pense conduire une application chez lui comme en Afrique. L'agroécologie fait son chemin vers Gorom Gorom à 5  heures de pistes au nord de la capitale burkinabé de Ouagadougou. Une ferme pédagogique voit le jour comme d'autres naîtront sur de nombreux territoires de l'hémisphère sud. Les pratiques naturelles d'ensemencement et de fertilisation favorisent l'épanouissement sur les terres les plus hostiles. L'arbre y est replanté, le cycle de la vie reprend ses droits et l'eau est gérée afin d'équilibrer les sols et les nappes souterraines. Des micro-économies qui passent de l'autosuffisance à la commercialisation se multiplient. L'agroécologie devient un art de vivre à part entière en modifiant les comportements, les relations sociales et le cadre d'existence. Depuis 50 ans les enfants du petit paysan sage tissent un grand maillage de productions dignes des hommes et de la terre. Terre et humanisme sera le nom adopté pour signifier le mouvement induit par ces méthodes. Terre et humanisme est aujourd'hui une fondation et l'organisation a pris le nom de Colibris. Entre temps Rabhi aura été missionné par l'ONU pour édifier un plan de lutte contre la désertification, il aura mené une pré-campagne présidentielle en 2002, il est tutoyé par les écologistes, mais continue à se défendre de faire de la politique. Son constat de sage reste néanmoins amère, sans un développement de ses pratiques respectueuses, l'humanité court à sa famine, pays riches compris. Lorsque je lui demande comment nous pourrons équilibrer nos besoins avec notre production, il répond par la "sobriété" et précise avec un sourire en coin, une "sobriété heureuse".

www.colibris-lemouvement.org


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