Samedi 17 octobre 2009
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Pendant très longtemps la France était un très mauvais élève: gros pollueur, grand consommateur d'énergie,
dépensier en matière de défense et de santé et faible reproducteur. Bref, avant de faire la morale au voisin, il était indispensable de balayer son pas de porte. Premier étonnement, dix ans plus
tard, notre pays affichait en 2007 le plus fort taux de fertilité de toute la zone euro avec 2 enfants par femme, la deuxième meilleure espérance de vie après l'Italie soit 81 ans (81,3 pour
l'Italie), le deuxième taux d'émission le plus bas de Co2 derrière le Portugal et enfin une consommation d'électricité dans la basse moyenne des pays de cette zone. Les seuls points noirs
demeurent nos dépense de santé, deuxième plus gros budget de la zone euro après l'Autriche et nos dépenses publiques en matière d'éducation en pourcentage du PIB, soit un investissement des plus
bas comparé à celui des autres partenaires européens. L'éducation a un pris et 12% des jeunes sortent du système éducatif en troisième voire avant et donc sans aucune qualification. Le taux de
fertilité a pu rassurer les défenseurs d'une politique plus serrée sur l'entrée des étrangers sur notre territoire. Malheureusement pour eux, le beau score de fécondité ne suffira pas à assurer
le renouvellement des générations à l'aune des vingt prochaines années. Seule la crise a apporté une raison provisoire à la gestion de l'immigration.
Alors ce qui va changer se calcule sur ce qui a déjà changé. Laurent Davesies, économiste, s'est employé dans un livre exemplaire ( "La République et ses territoires", éd. du Seuil. 2008) à
démonter quelques idées préconçues sur l'état général de la France. En premier lieu le calcul de la santé d'une région sur son PIB est une aberration. L'Ile de France demeure leader par son
PIB, mais pas par sa qualité de vie. L'accroissement du chômage et de la précarité d'une partie de la population traduit le hiatus entre un chiffre de production et la richesse de la région.
Le grand changement est là, écrit Davesies, car nous travaillons de plus en plus à un endroit et vivons dans un autre. A l'échelle des régions, cela signifie que certaines s'enrichissent de la
consommation de leurs habitants à défaut d'une production effective sur le même terrain. Cela signifie encore que le fossé traditionnel émis entre Paris et la province n'est plus de mise. Les
dépenses publiques suivent le même chemin et les nouvelles populations qui investissent 'la campagne' sont autant de nouveaux acteurs économiques que des consommateurs indispensables.
Le néo-rural tel qu'il est désormais appelé, est le premier moteur de survie puis de développement de ces campagnes si longtemps montrées du doigt. A cette cohorte de nouveaux ruraux s'ajoutent
les retraités, les étrangers qui ont pris l'option de la vie française et une frange de la jeunesse qui a bien compris que l'espoir de s'épanouir en milieu urbain était remis en cause. Les causes
de ces modifications sont faciles à énoncer: qualité de la vie, coût de l'immobilier, politiques locales de développement, solidarité et relations sociales plus directes.
Au-delà de la consommation, il est judicieux de s'interroger malgré tout sur le type de production nouvelle associable aux régions les moins prospères. Le premier secteur de développement
économique qui est à l'origine d'une création très conséquente de micro-entreprises est celui des services à la personne. La moyenne d'âge élevée sur bon nombre de zones rurales et péri-urbaines
exige un déploiement de ces services. Le second atout tient au cadre naturel et au patrimoine des régions. Le tourisme est une des principales ressources de l'économie en France au point que
français et étrangers ont dépensé près de 90 milliards d'euros en 2005 pour partir à la découverte des territoires. "Avec une balance commerciale touristique de l'ordre de
15 milliards d'euros, ce secteur atteint le même ordre de grandeur que la somme des balances commerciales de nos industries automobile et
aéronautique"(L.Davesies).
Par philippe bertrand
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Samedi 17 octobre 2009
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/2009 12:29
Je ne vais pas entretenir l'ensemble de ce blog sur les seuls acquis d'une expérience personnelle qui tournerait
en rond. Je ne vais pas non plus ronger des souvenirs qui confinent à la nostalgie. Ce n'était pas mieux avant. Disons à la limite que c'était moins pire et les préoccupations n'avaient
rien à voir avec celles qui transpercent notre quotiien aujourd'hui.
Le pays châtillonnais dont je proviens est désormais articulé autour d'une très grosse communauté de communes. 113 localités pour un potentiel de 20 000 habitants, soit une densité de
population des plus faibles de France. L'intérêt des communautés est de prendre une place plus efficace que les vagues appellations de "Pays" qui ne désignaient qu'un espace touristique et
naturel. Le système des " Com com" est administrativement mieux éprouvé et doit permettre à l'ensemble de la communauté de bénéficier d'un pouvoir de décision plus fort et plus pertinent.
Logiquement aucune commune ne doit être abandonnée en cours de route. Le seul inconvénient est que parfois les petites localités ne sont que des contributeurs à l'expansion du coeur principal de
la Com com. Les premières décisions de le la communauté du châtillonnais en sont une parfaite illustration. Les raisons à cela sont multiples. D'abord les mandats politiques locaux sont
valorisés par la vitrine de la com com. Châtillon-Sur -Seine, bourgade endormie de 6000 habitants, a perdu par la logique de sa localisation, 60 kilomètres de Troyes au Nord et 80 de Dijon au
Sud, tout négoce de proximité avec les grands centres d'activité. Longtemps appuyée sur une économie locale viable du bois et de la pierre, la ville du Vase de Vix ne cesse de s'enliser.
Heureusement elle possède son Vase, entendez un trésor archéologique étrusque qui vient d'être mis en valeur par la création d'un nouveau musée dont le coût attenit 22 millions d'euros.
C'est beaucoup pour un territoire économiquement exsangue et ce, malgré une subvention d'Etat qui a permis de parachever le chantier. Depuis peu encore, les mêmes élus, dont certains ont dépassé
les 40 ans d'exercice de mandat, ont pris la sage décision de tisser un maillage des différents hauts lieux historiques et touristiques. Il était temps. Sur un rayon de 30 kilomètres autour de
Chatillon, principalement au sud-ouest de celle-ci, trônent des édifices remarquables à commencer par l'abbaye de Fontenay, patrimoine de l'UNESCO, le village médiéval de Flavigny sur Ozerain et
le site archéologique d'Alésia. Sur ce dernier la Région réalise actuellement un site d'accueil et de recherche sur lequel reposent tous les espoirs de développement local.
Le reste est en suspend, à savoir une relance économique impossible et Châtillon n'a aucune ouverture malgré les effets d'annonce de son maire, Hubert Brigand. La santé est un des points les plus
délicats de ce territoire. Comme pour beaucoup de pays, dans les dix prochaines années, une majorité de médecins généralistes auront atteint l'âge de la retraite. Les services hospitaliers seront
regroupés. A ce titre le maintien d'une maternité à Châtillon Sur Seine a nécessité une levée de boucliers des élus locaux unique dans l'histoire de cet espace. Le troisième chantier relève de la
culture qui brille par son absence depuis la nuit des temps. Pour preuve le site du pays châtillonnais ne propose rien car il n'a supporté aucune initiative précise et réelle. Ici la culture est
désignée par un fourre-tout conceptuel qui va de la distraction aux loisirs. En somme une ballade en calèche proposée par un agriculteur soucieux d'améliorer ses fins de mois. On ne peut pas le
lui reprocher.
http://www.pays-chatillonnais.fr
Par philippe bertrand
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Vendredi 16 octobre 2009
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/2009 22:44
Des facteurs positifs m'ont certainement permis d'avancer différemment même si je pense que ceux-ci auraient pu se
présenter dans n'importe quelle circonstance de lieu. Seule l'époque interfère en faveur de ce qui m'a servi d'apprentissage ou d'école de la vie. Je signale que je ne tiens aucunement mon
expérience en modèle de quoi que soit, mais en point de fondation de ce qui suivra. Disons que les enfants de mon âge avaient peu de perspective au-delà de la haie qui bordait le champ
voisin. j'ai basculé vers plus âgé que moi, parce qu'enfant, les références adultes ou pré-adultes sont toujours plus attrayantes que les matchs de football congelés un dimanche matin
d'hiver. J'avais donc dans mon entourage des débutants à la profession de la vie. Mon frère, bien sûr et ses amis. Ils abordaient la vingtaine allégrement. Parmi eux Jacques, qui après des études
et aujourd'hui un emploi près de Dijon, n'avait qu'un souci en tête: Revenir au village. retrouver les parfums d'enfance, les nappes de gasoil du voisin mécanicien ou le bruit du marteau du
forgeron qui a rendu l'âme bien avant le nouveau siècle. Odeurs et bruits se sont dissous dans l'histoire locale et son rangés dans les tiroirs d'une émotion étranglée. Jacques n'a pas réintégré
le village. D'abord il aurait été en décalage complet avec la modernité aseptisée de l'endroit et en outre, sa maison familiale avait été vendue. Une ferme lui tendait son porche à quelques
kilomètres de là. Jacques et Geneviève ont élu domicile ici dans un bout du monde presque paradisiaque au milieu des chevaux et des chiens. Jacques travaille toujours aux portes de Dijon.
Geneviève est la pharmacienne du village, condition essentielle à leur survie dans ce no man's land. Une grange de la ferme a été reconditionnée et l'ami Jacques y restaure des machines outils de
menuiserie aussi phénoménales les unes que les autres. Un jour viendra et il organisera des séjours découverte du bois clés en main. c'est tout le bien que je lui souhaite. En attendant ce retour
aux émotions vraies, Jacques et Geneviève sont les amis les plus heureux de la terre, de cette terre. Dans cet environnement il y avait aussi Bertrand, qui après une formation à l'école
horticole de Versailles, a pris l'orientation risquée des arts plastiques. Je suivais son parcours et recevais ces retours fréquents à Aignay comme le retour d'un héros. J'entendais Paris vibrer
dans les conversations, mais surtout je découvrais ce que le terme de FIAC désignait. L'art contemporain pénétrait dans mes fortifications d'adolescent. En parallèle mon frère rapportait des
trophées de son travail d'assistant réalisateur. ils s'appelaient "Nagra" pour la prise de son et Bétacam pour l'image. Les contours de ma fascination se précisaient. 35 ans plus tard Bertrand,
plus connu sous son nom de Bertrand Lavier expose à Bâle, New-York ou Tokyo en affichant un cours cv qui stipule simplement : " vit et travaille à Aignay-Le-Duc".
Un Lavier comme on dit communément un Matisse et un morceau d'une Bourgogne perdue derrière ce
travail. Le village s'en honore pas. Il s'en moque et ne cherche pas à comprendre. On ne peut pas lui en vouloir.
Et le temps a glissé comme un voile qui occulte cette tranche de vie. Derrière les coulisses s'agitent de rares personnes. Les trottoirs ont été balayés et l'éclairage public ne cesse d'assurer
chaque nuit jusqu'à l'aube la sécurité de tous, une sécurité qui n'a jamais connu d'alerte. C'est ainsi que j'ai grandi dans ce maelström de musique, de peinture et d'images. Sans cela je
ne sais pas vraiment ce que j'aurais fait . Imperceptiblement il m'a conduit là où je devais aller.
Par philippe bertrand
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Vendredi 16 octobre 2009
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/2009 19:02
Vous vous retrouvez dans un blog estampillé blog culturel.
Dans son sens générique la culture va au-delà des principes d'expressions artistiques pour englober des savoir-faire, des comportements, des rites et des modes de participation à la communauté.
Il est navrant de constater que ces principes ont perdu de leur vertu initiale pour se fondre en un sens uniformisé. La ruralité ne vit plus à son rythme et avec ses réseaux de relations
traditionnels. Vous me direz que la modernité exige cette fusion et la disparition des vétustés du paysage rural. Force est de constater que cette tradition et l'exigence de la modernité n'ont
rien de contradictoire. Seulement les usages actuels ont éloigné les populations locales de ces considérations. Chacun s'est réfugié dans les acquis d'un confort standard plus ou moins
acceptable. les catalogues d'aménagement intérieur ont décidé de la couleur de l'environnement social. Un écran plat sinon rien. La voiture tout-terrain libère des contraintes matérielles et les
achats domestiques se réalisent dans les hypermarchés. Au retour de la grand messe du consommable, le portail en pvc se referme électroniquement sur le prédateur d'un Auchan ou autre Carrefour.
La bataille pour la paix de l'ancien laboureur reconverti au bien-être de papier glacé est menée sans état d'âme. Le tissu associatif bat de l'aile. L'entraide, le temps de parole, le verre sur
le coin d'un comptoir qu'on s'arrache dans les brocantes ne sont plus de mise.
D'une culture à l'autre, il y a celle de l'artisanat et des arts. L'artisanat revient en force précisément en réaction au prêt à penser et à vivre qui a envahi tous nos espaces. L'art
parce qu'il est une condition d'éveil et de réveil indispensable pour ne pas sombrer dans une indifférence au monde fatale. Mieux de plus en plus de décideurs, d'élus des collectivités
comprennent que cette culture peut être un facteur de développement économique et social incontournable.
Les rendez-vous festifs que j'ai connus dans mon village étaient pour ainsi dire autant cultuels que culturels. Fêtes du saint patron, petites kermesses entre amis et concours
de quilles. Toutefois Aignay-Le-Duc avait hérité des vieux appareils de projection d'un Gaumont
dijonnais en totale reprise. C'était du lourd. Monstres de tôle noire dans lesquels le film suivait un chemin de route sinueux avant de voir son image projetée sur l'écran panoramique de la salle
des fêtes, soit 25 mètres plus loin. Ils fonctionnaient au charbon, ces braves engins, sauf que leurs moteurs hors d'usage nécessitaient une surveillance permanente de la combustion par les
opérateurs. Un cinéma paradisio par excellence. J'ai fait partie de la dernière génération de ces manipulateurs de l'impossible. Mon frère avait anticipé de quelques années avant de se retrouver
par un pur hasard projectionniste à Paris, au club 13 de Claude Lelouch. Pendant ce temps j'orchestrais maladroitement la projection d'un Rabbi Jacob qui faisait hurler de rire une salle comble.
Séance le samedi soir. Pas une place de libre. Jean Nohain ne nous arrivait pas à la taille. Le dimanche en après-midi et en soirée. même succès. En fait je triche car à la fin j'avais un grand
concurrent: Michel Drucker. J'ai bien sûr perdu la partie. Les charbons aussi, eux qui s'éloignaient au point de laisser l'écran totalement noir ou ils s'enflammaient en faisant un
sort au film qui flambait instantanément. A dix-huit ans, j'ai organisé mon premier mini-festival de cinéma. Trois films dans le week-end pour une promotion d'entrée qui devait
avoisiner les dix francs. J'ai fait un bide. Têtu comme une mule, j'ai remis les couverts avec un concert électro-pink-floydien. je me souviens avoir compté et recompté les entrées pour m'assurer
de l'erreur. 35 dont mes parents venus par affection désarmante pour leur fils.
Dijon, la capitale n'était pas en reste avec ses uniques rendez-vous culturels dans un sens plus que large. En septembre, la ville de la moutarde organisait les fêtes de la vigne ( oui, sans le
vin la culture est inexploitable). Une quarantaine de groupes folkloriques du monde entier traversaient les grandes artères de la capitale des ducs avant de se produire dans un improbable palais
des congrès qui ressemblait plus à un aérogare de la seconde guerre mondiale. Chaque année une des formations venait se produire dans mon village. C'est ainsi qu'Aignay s'est frotté à un autre
horizon que le sien propre. Le second événement dijonnais, peu de temps après, était la foire gastronomique internationale inaugurée par un indémontable maire issu de l'inaltérable mouvance RPR.
Il s'appelait Robert Poujade. Rien à voir avec Pierre, celui du poujadisme. Pourtant, question politique ampoulée et poussiéreuse, nous étions servis. Depuis le rideau est tombé et la ville de
François Rebsamen est méconnaissable et surtout culturellement bien plus prometteuse.
Par philippe bertrand
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