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Le complément des Carnets de Campagne diffusés sur France Inter sans impératif de temps ni d'espace et ouvert aux commentaires et contributions extérieures

26 Nov

Internet, la télé, la culture et consorts (qu'on sort?)

Publié par Philippe BERTRAND  - Catégories :  #Ceux qui font bouger la France

Le Monde a rendu publique le mois dernier l'étude réalisée par le Ministère de la Culture sur les pratiques culturelles des français entre 1997 et 2008. Le titre, un tantinet racoleur, comme partout et le Monde n'y échappe pas, ne démontre qu'une évidence à savoir que plus l'usage d'Internet augmente dans les foyers et plus celui de la télévision diminue. C'est le principe des vases communicants et ici des écrans. Le reste de l'étude est à prendre avec les doigts et un gros pouce. D'abord on s'interroge sur la méthodologie employée. Idem pour les sondages. Ensuite toute analyse commandée par un ministère ne mérite pas de se rouler par terre, à moins d'y saupoudrer un peu de farine auparavant. Toutefois, parce qu'il y a du mal, du bon et du rien comme l'écrivait Diderot, je retiens le plus de cette étude. Les utilisateurs nombreux et assidus de l'ordinateur et d'internet, sont ceux qui sortent le plus souvent de chez eux pour participer à la vie culturelle ou entrer dans un espace dédié à la culture.A l'inverse les téléphages sont les plus lourds à transporter. Le croisement télé et nouveaux écrans est intéressant. Ainsi le gros consommateur du cathodique qui entre dans une moyenne de 27 heures de télé/semaine, n'en consacrera que 6 aux autres écrans. Celui qui fréquente "occasionnellement"  les nouveaux supports à raison de 13 heures par semaine, ne consacre "plus que 18 heures à la télévision. Le terme d'occasionnel est emprunté aux catégories de l'étude, évidemment. A l'autre bout de la tendance, le consommateur habituel des nouveaux écrans, soit 16 heures hebdomadaires, n'accorde plus que 12 heures de son temps à la télévision. Oui, je sais, ça fait encore beaucoup. En revanche, je suis plus embarrassé par la confusion qui émane de ce type d'analyse entre support et contenu. Admettons que l'objet télé fasse partie encore et toujours (vous sentez la désolation dans mon texte?) des accessoires , rien n'oblige à  juger la consommation des contenus comme un acte, lui aussi, culturel. Eternel bavardage sur ce que recouvre la culture. Il n''empêche que le champ des disciplines artistiques qui devraient contribuer à définir la culture, est dérisoire dans le tube. La question peut d'ailleurs se poser à nouveau pour Internet, même si une différence de comportement, actif ici et non plus passif, laisse comprendre et même espérer que les arts et la culture font une meilleure audience sur le Net qu'à TF1. J'en viens à rêver de futures études sur l'état de la culture où la télévision ne sera plus mentionnée. Le livre a droit à une belle gifle qui était d'ailleurs attendue au tournant.  Entre les deux dates de 97 et de 2008, le nombre de non-lecteurs a augmenté et celui des gros lecteurs a diminué. Méchamment, je traduirais ces proportions par les pauvres qui n'ont plus les moyens de s'acheter des bouquins et les riches qui alourdis par leur porte-feuille rechignent à faire l'effort d'ouvrir un livre. C'est un peu vache, mais un peu vrai. Pour parler des tranches sociales "basses" ordonnées autour du chef de ménage ouvrier, ils étaient 26% à lire 10 livres et plus en 1997 et seulement 18% en 2008. Entre temps les non-lecteurs sont passés de 33 à 43%. Enfin, dans cette longue étude, je suis resté en arrêt devant le verdict comparatif des consommations à Paris et en Province. L'analyse stipule que les politiques d'aménagement culturel entreprises depuis 20 ans avaient considérablement réduit le fossé entre la capitale et les régions. Cet écart s'est renversé dans la fréquentation des lieux culturels parisiens avec 49% en 97 et 60% en 2008. Je vais être encore méchant, décidément, mais le texte original trahit une vérité, celle des "politiques culturelles". Elles ont largement réduit leur essor dans certaines régions, j'évite de généraliser, et le nombre des usagers a par la même occasion stagné voire reculé en proportion d'une population française qui atteint les 65 millions d'habitants.
(L'article du Monde est daté du 15 octobre 2009 et l'étude réalisée par Olivier Donnat a été publiée sous le titre de "les pratiques culturelles des Français à l'ère numérique, enquête 2008" aux éditions de la découverte).
PS: Il y a quelques années une étude sur la place de la culture à la télévision( publique) avait été commandée cette fois à Catherine Clément et donc à une petite équipe de collaborateurs. Ceux-ci avaient fait le tour des chaînes et des directeurs de programmes, c'est vite fait, pour s'inquiéter des programmes culturels. Il ressortait que les téléspectateurs aimaient le théâtre, preuve des excellentes audiences de fin d'année sur les rediffusions des pièces du théâtre de boulevard! Mieux, on apprenait à la lecture de cet opus vain et inutile, que la télévision n'accordait que quelques parenthèses aux arts plastiques dans ses journaux d'informations à l'occasion des grandes expositions et qu'enfin la danse, surtout contemporaine, était absente des petites écrans. Merci Madame. J'avais commis, pris d'un coup de sang ravageur, un projet de chaîne télé des arts et des lettres qui a circulé entre les mains de quelques décideurs de la Culture. J'en possède quelques exemplaires que je soumettrai volontiers à ceux qui souhaiteraient s'y pencher.

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